Salvert, Salvert… Voilà le lieu où je suis arrivé après avoir décidé tout simplement de me laisser un an pour aller là où le vent me mène, là où Dieu m’envoie. Je sentais des choses à débloquer en moi, et une soif de découverte, de rencontres, de partage. A Salvert j’ai rencontré Abobacar, un collègue éducateur à la maison d’enfants qui vient du Sénégal et qui voit la vie et son métier en 2 mots : « partager et recevoir ». 
C’est ça que je vis à Salvert au quotidien, avec les enfants, les réfugiés, les collègues, l’équipe de direction et tous les gens rencontrés dans ce lieu centré autour de l’enfance et la protection des plus fragiles.  

“A Salvert, pas de frontières.”

Il y a l’école Montessori qui accueille des enfants de l’extérieur.
La maison d’enfants où je travaille 5 jours sur 7 qui accueille les enfants victimes de violences et de manquements de leurs parents.
Le pôle MNA (mineurs non  accompagnés) où je suis au moins un jour par semaine pour partager des repas, des matchs de foot et un cours de Français avec Khayi un Malien qu’on retrouve le soir à 23h toujours sur ses cours.
Il y a aussi la ferme où j’aide la sœur Marie-Patrice à soigner les lapins, et Fatos le fermier Kosovar aux moutons. Mois de mars, mois des naissances !!
Ici on mange bio et local, les 3 cuistots peuvent compter sur les produits de la ferme pour les 400 repas à faire tous les jours. Et au centre du site il y a la communauté des sœurs, elles ont désormais toutes plus de 60 ans, mais restent toujours vaillantes et attendent la fin du covid pour pouvoir de nouveau être auprès des enfants. La communauté c’est comme le poumon de Salvert, c’est là que tout a commencé en 1842 avec le père Gaillard qui en est tout simplement le fondateur. Aujourd’hui et depuis 2005 la direction de Salvert a été reprise par un couple Emmanuel et Anne-Marie qui tiennent la baraque accompagnés de toute une équipe de choc, 100 salariés et 50 bénévoles.

“Mon objectif chaque jour c’est d’être le plus bienveillant possible”

Bref et moi dans tout ça… Autant vous dire que quand je suis arrivé le 1er jour je ne faisais pas le malin. J’ai mis une semaine à comprendre tous les rouages de la machine et encore je sais pas si j’ai bien tout en tête. Mais là n’est pas le sujet. Mon sujet c’est les enfants avec qui je passe le plus clair de mon temps et qui sont au centre de toutes les préoccupations. Quand le premier jour je me suis retrouvé au milieu d’une réunion des éducateurs spécialisés avec leur cadre de direction, à parler de situations toutes aussi perturbantes les unes que les autres, j’étais pas bien ! Qu’est-ce que j’allais faire dans tout ça ??? 

Le lendemain le mardi j’ai rencontré les enfants. Et ça y’est le quotidien démarre et c’est là où je suis attendu.
Des présentations rapides mais là où j’ai vraiment appris à découvrir chaque enfant c’est dans les repas, les transports aux écoles, les douches avec les 10 minutes de négociation qu’il faut compter avec certains pour y aller, les histoires du soir et le rituel de chacun. Si Eden, petit bout de chou de 6 ans n’a pas la porte grande ouverte avec la lumière, l’histoire et les gratouilles dans le dos, sans oublier sa berceuse il ne va pas dormir. Et bien sûr les jeux !!! Ce sont des enfants. Il faut sans arrêt gérer les jalousies, les cris, les insultes … mais le jeu prend le dessus et quand je repars je repense surtout aux sourires et aux moments de joie. Leur vie n’est pas simple du tout et j’essaye de me mettre à leur place.

Moi mon objectif chaque jour c’est d’être le plus bienveillant possible, même quand il s’agit de mettre du cadre et surtout dans ces cas là d’ailleurs. Et après le reste suit c’est du bons sens et au pire j’ai toujours mes collègues pour m’aider. C’est un boulot où heureusement on est plusieurs. Si j’ai pas mes débriefs du soir où on revient sur des situations qui ont été compliqué pour nous je ne dors pas bien. Et même avec ça il y a des soirs où je repars le cœur lourd. Mais quand le lendemain tu arrives et que le même avec qui tu as pensé ne pas avoir été juste la veille te saute dans les bras c’est bon ça redonne l’énergie pour la journée !!

C’est ça qui m’impressionne avec les enfants. Ils se disputent et se pardonnent la minute d’après. Ils sont vrais, spontanés, joueurs, coquins ou très embêtants parfois, ils veulent de l’attention et cherchent la relation. Il y a des choses que l’on ne pourra jamais remplacer pour eux, mais mon rôle c’est de leur montrer qu’ils peuvent avoir confiance en moi que je fais ce que je dis et je dis ce que je fais. Et ça passe par toutes les intentions du quotidien. J’ai l’impression de donner beaucoup mais qu’est-ce que je reçois en retour !!!!! Leurs sourires me comblent ! 

“Difficile de mettre des mots sur ce que je suis en train de vivre “

Personnellement cette expérience à Salvert m’a déplacé. Déjà par le public. C’est le volontariat du Sacré-Cœur qui décide où l’on va même si les responsables tiennent totalement compte de nos envies et compétences. J’avais pas du tout prévu de travailler avec les enfants, je ne connaissais même pas le monde de la protection de l’enfance. Et j’avoue que je faisais des baby-sittings surtout pour me faire de l’argent. Pas de vocation particulière avec les enfants. Mais après ces 2 mois passés ici je dirais que c’est une révélation pour moi. L’idée de les quitter me met pas bien du tout….
Avant de partir j’avais déjà pour idée de faire de l’équithérapie c’est-à-dire soigner et aider les humains avec les chevaux. Avant je visais particulièrement les réfugiés. Aujourd’hui c’est toujours le cas mais se sont ajoutés les enfants, évidemment !!! 

Difficile de mettre des mots sur un truc que je suis encore en train de vivre.
Je vois juste des enfants en demande d’amour, si vulnérables, en construction mais plus encore en reconstruction parce qu’ils ont été abîmés ou démolis.  Les éducateurs font un boulot de dingue au quotidien. Pour avoir été à leurs côtés, parfois notre humanité, nos faiblesses, nos failles viennent rencontrer celles des enfants, et on fait des erreurs. On blesse parfois alors que notre boulot est de réparer. Je me souviens un enfant que j’ai grondé un peu fort pour m’avoir désobéi. Il m’a dit : « ici vous êtes là pour soigner les enfants, pas pour les gronder alors rentre chez toi. » C’était dur à entendre. En fait je lui ai demandé pourquoi il me disait ça, qu’est-ce qu’il l’a blessé. Il m’a dit : « tout à l’heure t’as préféré faire ton foot avec les autres alors que je voulais qu’on passe du temps ensemble ». Du coup après le dîner on a fait un petit tour rien que tous les 2.

Mais c’est pas souvent possible de pouvoir faire du un pour un. Il pointe du doigt la difficulté du quotidien : comment prendre en compte la singularité de chacun, le temps dont a besoin chacun et particulièrement ces enfants, dans une collectivité, dans un cadre institutionnel où il faut répondre à des objectifs d’horaires et faire avec les contraintes : manque de personnel, gérer les coups de bourre ou les crises de certains…  On est donc parfois tout simplement impuissant. Comme dit un des psychologues, Jean-Yves, qui accompagne les parents dans leur rôle auprès de leurs enfants : « c’est un dur métier éducateur… mais quel beau métier, quel beau métier. ». La reconnaissance des enfants est rarement immédiate et pas de la forme à laquelle on s’attendait. Ca fait aussi nous remettre à notre place. On n’est pas Jésus, on ne sauve pas le monde ou même une vie en 3 jours ! 

“On partage et on reçoit… et ici j’ai reçu beaucoup …”

C’est tellement chouette et porteur de voir des lieux comme Salvert qui font le pari qu’on a des choses à s’apporter mutuellement. Personne n’est au-dessus des autres on essaye juste d’appliquer un peu l’Evangile : « aimez vous les uns les autres », dans nos différences et nos différences de parcours de vie ! Et occupes toi du pauvre, du petit, du fragile, du  vulnérable. J’en ressors avec des pétillements dans mon cœur. J’ai sauvé personne mais j’ai laissé une empreinte d’amour sur chaque enfant que j’ai côtoyé, comme j’ai pu. Et eux me laissent des souvenirs indélébiles. Et c’est pas fini !!! J’ai peut-être aussi compris des choses. Un avenir meilleur se construit dans la concertation, l’avis de chacun quel qu’il soit, le partage qui passent par des choses simples, et la bonne volonté.
Tout seul on ne fait rien, ensemble et dans nos différences on s’enrichit ! Aller à Salvert c’est vivre une expérience forte pour le cœur ! J’aurais des tonnes de mercis à dire aux enfants en premier bien sûr et aux collègues et tellement de belles rencontres que j’ai faites ici ! On partage et on reçoit… et ici j’ai reçu beaucoup…